Façades industrialisées : du temps et de l’argent

Les façades industrialisées font un retour remarqué dans la construction depuis quelques années. Pour économiser du temps sur le chantier, garantir une homogénéité dans la qualité de la mise en œuvre et une parfaite étanchéité à l’air, les façadiers déplacent une partie croissante de leur travail, du chantier vers l’atelier. Il faut dire qu’au regard des enjeux qui animent désormais le bâtiment, leurs qualités ne sont plus à démontrer.

La nature des façades peut différer suivant l’usage des locaux et la nécessité de les isoler thermiquement et/ou phoniquement. La taille des éléments, leur calepinage, leur fixation, le traitement des joints, la couleur et leur texture permettent alors une très grande variété de composition et de modénature.

Chaque élément est un module conçu en atelier, suivant les préconisations et dessins des architectes concepteurs. Certaines façades sont ainsi réalisées à 100% en atelier. Elles sont constituées d’un assemblage d’éléments industrialisés associés en couches successives pour répondre à trois fonctions essentielles : le parement extérieur (vêture de la façade) ; l’âme de la façade (isolation) ; le parement intérieur (parement de finition) ; à savoir l’ossature générale, une isolation, un panneau de contreventement, un pare-vapeur, un pare-pluie de protection, de lattes pour maintenir le bardage extérieur, de panneaux intérieurs de finition, de câblages, des menuiseries et du bardage (ou enduit appliqué sur site). Les modules sont ensuite achalandés sur le site du chantier pour y être montés.

Ces dernières années, Wicona, Schuco ou encore Technal, observent un développement rapide des façades industrialisées à partir d’ouvrages de 1 500 m² à 2 000 m² à trames répétitives quand ces techniques étaient plutôt réservées aux vastes façades des tours de la Défense. La mise en œuvre d’une façade industrialisée offre aujourd’hui de nombreuses qualités en réponses aux enjeux techniques et structurels, aux ambitions climatiques toujours plus soutenues, à la qualité d’usage toujours plus prégnante.

Parfois entièrement conçues en atelier, la façade industrialisée permet une maîtrise des coûts dès la construction. En effet, l’entreprise travaille directement à partir des plans de détails de l’architecte. La technologie BIM est également un merveilleux outil pour faciliter la fabrication et le montage de la façade, de la conception au montage sur le chantier.
Mais, si un chantier faisant appel à des façades industrielles est bien préparé du point de vue logistique, le temps de mise en oeuvre sur site se trouve alors divisé par deux

Ainsi, les temps sont considérablement réduits ; et le temps, c’est de l’argent ! Par ailleurs, la mise en œuvre et le montage sur site offrent tous les avantages d’un chantier aux nuisances contrôlées, tant pour le bruit, que pour la gestion des déchets ou des poussières. La demande des maîtres d’ouvrage quant aux chantiers propres étant de plus courantes, notamment dans les métropoles denses où il s’agit de construire dans des dents creuses extrêmement contraintes.

En fonction de la destination du bâtiment, les modules industrialisés comprennent de fait toutes les réponses normatives réglementaires en termes acoustiques, thermiques, d’étanchéité, environnementaux.

Les façades industrialisées peuvent ainsi être imaginées dans tous les matériaux, du bois au béton, en passant par la métallerie, quoique les solutions mixtes bois-aluminium aient le vent en poupe. Le bois en intérieur pour l’aspect chaleureux, l’aluminium et le verre à l’extérieur pour garantir la stabilité et les performances. Selon leur structure, l’isolation s’adapte également sans ambages aux matériaux les plus divers, des classiques laines minérales aux chanvres et autres pailles pour les plus environnementales. Dès lors, les bâtiments sont capables de répondre aux nombreuses contraintes environnementales imposées par les référentiels Effinergie, Bepos, PassivHaus et autres, d’autant que la préfabrication en atelier permet un contrôle important du bilan carbone de la construction, à condition, bien sûr que l’atelier soit évidemment relativement proche du chantier.

Par ailleurs, les façades industrialisées, quoi que légères, peuvent être augmentées par des techniques innovantes comme par la mise en place de panneaux photovoltatïques, de PAC verticales ou de systèmes de ventilation ou de renouvèlement d’air sophistiqués afin de répondre aux standards des bâtiments passifs. D’ailleurs, les réglementations thermiques successives, tant nationales qu’européennes, ont largement contribuer à l’amélioration de l’efficacité énergétique des façades industrialisées.

Mais l’augmentation des performances des façades sous l’influence des réglementations thermiques a conduit à leur épaississement et à leur alourdissement. Leur mise en oeuvre traditionnelle en grille à l’avancement sur chantier, requiert un équipement important, pas si différent de celui dont le façadier a besoin pour la mise en oeuvre de blocs de façade industrialisés portant cadre, vitrage, étanchéité à l’air et à l’eau et pesant 300 à 500 kg.
Là apparait une première contrainte pour le constructeur, celle de la place pour le stockage pour un chantier retardé ou encore la disponibilité des engins de levage pour l’assemblage sur site.

Malgré un surcoût de la façade industrialisée par rapport à une façade classique, les avantages sont nombreux notamment au regard de l’environnement. Ainsi une façade industrialisée, grâce à sa modularité et sa trame répétitive peut également être mise en place dans le cadre d’un bâtiment que l’on espère être évolutive en modulable. A terme, ce serait ici une source d’économie.

Enfin, la façade industrialisée qui trouve un vaste terrain de jeu dans des opérations neuves sait également mettre en avant ses qualités intrinsèques dans l’exercice de la réhabilitation, incluant les isolations par l’extérieur en améliorant l’image d’un bâti vu comme obsolète.

Concevoir les façades en amont offre ainsi une réponse à la fois écologique et économique à des projets architecturaux situés dans des tissus denses et contraints.

by Léa MULLER 

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