Dans le 19e arrt, des bureaux en façade industrialisée font la révérence au patrimoine industriel

Au cœur du parc tertiaire du Pont de Flandre à Paris, un ensemble de bureaux

destiné à accueillir les futurs locaux de l’Urssaf se dresse désormais le long de la voie

ferrée. Il est l’œuvre de l’architecte Anne Carcelen. Sa particularité, deux sortes de façades industrialisées, façon zinc ou façon mur-rideau.

Conçu en structure mixte bois-béton, le bâtiment de 8 niveaux s’inscrit dans le site des anciens magasins généraux du pont de Flandres, face aux quais de la Charente et de la Gironde et répond à la succession de toitures industrielles, de charpentes bois habillées de pierres et de briques encore aujourd’hui présentes sur le site du parc tertiaire propriété de la foncière Icade.

L’immeuble de bureaux est composé d’un RDC en structure béton et de 8 niveaux en

superstructure, de type poteau/poutre en bois et plancher béton connecté et posé sur une boîte à ressorts. La 5e façade, perceptible depuis les immeubles de la cité Michelet prend alors tout son sens avec une peau de zinc continue en courbe.

« Avec la gare Rosa Park et la reconversion des entrepôts Mac Donald, les polarités du quartier ont été mélangées. Ce qui était à la poupe devient proue et offre une belle opportunité d’ouvrir le site sur la ville à l’ouest. » explique Anne Carcelen. Les pignons sont ainsi traités en façade mur-rideau tandis que les façades ondulantes et plissées le long de rue et des voies sont entièrement recouvertes de zinc en continuité avec la toiture. L’architecte offre ainsi une traduction contemporaine des toitures industrielles du XIXe siècle et une réponse à la forte contrainte acoustique du site.

En guise de révérence au bâtiment industriel, une mantille ajourée en zinc retrace en négatif, le pignon de ce qui lui fait face. Cette empreinte s’inscrit dans un gigantesque

folioscope retraçant l’histoire du site du XIXe au XXIe siècle perceptible depuis le RER. Elle

fabrique aussi, en redent des balcons qui offrent des lieux de convivialité extérieurs, au sein même de la façade. En somme, « une façade domestique » ajoute l’architecte..

Coincé dans un monde bruyant de voies ferrées, il est important d’offrir une paroi non réverbérant face aux tours de grande hauteur de la cité Michelet. D’où la création d’une façade en zinc posée sur une charpente bois. Si les façades en pignon reprennent le langage vitré des façades de l’immeuble « Pierre et Vacances » qui lui fait face, la peau qui ceinture en continue le bâtiment est comme une selle capitonnée, façonnée avec des lanières à facettes en bacs de zinc à joint debout prépatiné pigmento rouge qui réverbèrent le bruit en produisant une diffraction du son qui en limite sa propagation. Aussi, les baies sont ouvrantes pour favoriser l’éclairage et la ventilation naturelle des bureaux.

Les façades mur rideau. Les façades en mur rideau sur les pignons sont en bois- alu :

l’alliance de la menuiserie aluminium à l’extérieur (pérenne aux intempéries) et des épines bois à l’intérieur, permettent d’assurer l’harmonie des espaces intérieurs en bois pour un confort visuel et une ambiance chaleureuse. Elle ouvre totalement la vue sur le grand paysage, tandis que la structure bois se laisse deviner derrière les panneaux d’acier.

La création de l’immeuble tertiaire s’est appuyée sur une démarche menée intégralement en BIM, de la conception jusqu’à l’exécution avec les entreprises. C’est une première du genre !

La mise en œuvre du BIM a permis non seulement la résolution des problèmes de passages de fluides dans la structure mais aussi la résolution de complexités formelles issues de la morphologie complexe du bâtiment. Les éléments de façade ont ainsi pu être préfabriqués car facilement modélisables.

La compréhension des enjeux tant géométriques que structurels (R+7/toiture) ont été

possibles dès lors qu’ils ont été menés en maquette BIM et exploration 3D.  En effet chaque élément préfabriqué de charpente ou de chien-assis étant unique, ils ont été tous appréhendés et visés en maquette numérique, le géométral en 2D seul ne suffisant plus ni à viser les documents d’exécution, ni à anticiper les erreurs de construction. « La préfabrication autorise la production d’objets uniques puisque ceux-ci ont été inscrits dans une chaine de conception et fabrication issue de la maquette numérique, sans surcoût. » rappelle l’architecte.

La proximité de voies SNCF, un environnement urbain particulièrement dense et des délais de réalisation courts constituaient un des premiers enjeux du chantier. La modélisation alliée à la préfabrication ont permis une réalisation dans des délais somme toute raisonnables. Le bâtiment a été livré en 2020.

Dans le parc tertiaire du Pont de Flandres, ce sont donc les façades industrialisées grâce au BIM qui font le lien entre le XIXe et le XXIe siècle.